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Le numérique dans nos classes

Cédric Serres et Pierre Cieutat - Article écrit pour  le Nouvel Educateur de juin 2014

 

Introduction :

Nous travaillons tous deux dans une école REP à Montpellier. Nous sommes intéressés par l’utilisation de l’informatique dans la classe, autant pour notre préparation et notre pratique que pour celles des élèves.

La ville de Montpellier fournissait aux écoles des salles informatiques. Ces salles informatiques n’étaient pas ou peu utilisées. Le conseil des maitres a décidé, sur l’impulsion de Pierre, d’éclater ce parc d’ordinateurs dans chacune des classes. Cela a permis à chaque classe d’obtenir 2 ordinateurs. Puis la mairie a réorienté ses achats vers les classes mobiles (une malette avec 16 ordinateurs portables + un ordinateur enseignant, le tout en réseau automatique). Nous disposons actuellement d’une classe mobile pour toute l’école (9 classes Cycle 2 et 3), connectée à internet, sous linux.

D’autre part, nous avions besoin de plus de postes de travail dans nos classes et nous avons recyclé de vieux ordinateurs.

Notre matériel :

Cédric : 4 ordinateurs pour les élèves + l’ordinateur du maitre + un smartphone + vidéo projecteur à demeure.

classe ced reduit arrondi

Pierre : 7 ordinateurs pour les élèves + l’ordinateur du maitre + vidéo projecteur en place.

classe Pierre reduit arrondi

Avant de vous ouvrir les portes de nos classes, virtuellement, voici quelques principes qui sous-tendent nos pratiques.

Extrait charte des programmes :

Les élèves doivent bénéficier de l’univers numérique comme vecteur d’accès aux savoirs et d’échanges, et outil de coproduction qui détermine une nouvelle approche coopérative au sein de la classe, mais aussi être préparés aux questions nouvelles qu’il pose quant aux savoirs et aux apprentissages.

Simplifions nous la vie !

Cédric : Tout le monde reconnaît que l’informatique peut prendre beaucoup de temps. Nous sommes très critiques vis à vis de tous les logiciels, au travers de cette optique de nous simplifier la vie. Ils doivent être simple et facile. Dès qu’il y a trop de codes à rentrer, trop de “sécurité” à franchir, ça devient compliqué et ça nous empêche de fonctionner simplement.

Pierre : Quasiment tous les espaces numériques de l’Education Nationale sont, de ce point de vue, des usines à gaz. De ce fait ils ne simplifient pas notre travail.  Cela devient un “truc” de plus et cela nous complique le travail. On doit s’en servir - par injonction.

rendre les élèves autonomes, ou comment développer l’intelligence numérique ?

Tâtonner, se tromper, et recommencer. Peut être l’ordinateur devra-t-il être réinstallé, des icônes auront bougées, mais avec l’expérience nous nous rendons compte que ces tâtonnements sont indispensables pour que les enfants acquièrent la maitrise de l’ordinateur.

Ils démontent de vieux ordinateurs, tracent les schémas de circulation de l’information, touchent ce qu’est une carte mère, des barrettes mémoires ou un disque dur.

Au delà de leurs manipulations, le vidéo projecteur permet aussi aux élèves de nous voir à l’oeuvre. L’apprentissage par effet vicariant est très important. Ils nous voient certes accéder à des fonctions aisément, mais aussi parfois tester, essayer, nous tromper, recommencer pour trouver une solution.

Eduquer plutôt qu’interdire.

Cédric : Peur des sites à caractères violents ou pornographiques (Proxy académique qui ne fonctionne jamais) peur de la désinstallation malencontreuse (les élèves n’ont plus accès au bureau), peur de l’effaçage d’un texte d’un camarade par un autre (l’erreur est humaine…).

Cette peur paralyse, entraine la création de mots de passe, noms d’utilisateurs, sous prétexte de créer un espace privé, mais qui ne l’est jamais. Un ordinateur n’est pas un espace privé : tout y est consigné et quelqu’un qui cherche des informations sait les trouver. Autant apprendre aux élèves cette donnée, qu’ils ne se croient pas protégé parce qu’ils sont derrière l’écran.

Il s’agit d’éduquer plutôt qu’interdire. Pour éduquer il faut parler des choses. Aborder la pornographie, la violence, en parler car elles sont partout sur la toile. Pourquoi s’en protéger et comment le faire ? Non pas en confiant cela à un serveur de proxy qui nous empêche de trouver nos recherches mais en utilisant notre intelligence et notre empathie.

Pierre : Nous sommes dans un univers où nous pouvons nous tromper. Au maximum, on a perdu du temps car il faut recommencer. Dans notre vie, on essaie de l’éviter mais à l’école c’est presque une aubaine : se tromper et apprendre, effacer et recommencer...

à quoi servent les ordinateurs dans ma classe ?

Cédric : evernote + postach.io

Nous utilisons un logiciel, evernote, qui permet à chaque élève d’avoir son carnet de notes.

liste carnets élèves

C’est un logiciel qui est intéressant car, il est multiplateforme, gratuit, s’utilise depuis une interface Web, se synchronise donc rapidement ce qui permet aux élèves de retrouver leurs travaux là où ils les ont laissés, sur n’importe quel poste.

espace élève

Ainsi chaque jour, ils peuvent pendant le temps de plan de travail, et en fonction de leur degré d’autonomie, aller sur evernote pour poursuivre l’écriture d’un texte libre ou d’un article de journal.

Une fois leur note terminée, ils me préviennent de l’achèvement en me partageant la  note par mail. Une fois rentré chez moi, ou ailleurs, je peux corriger leur travail. Je surligne les erreurs avec une couleur particulière à l’aide du traitement de texte intégré. J’ai décidé de ne pas utiliser de codes de correction (plusieurs couleurs par exemple) pour ne pas surcharger mon travail ni l’apprentissage de l’utilisation de l’outil. J’écris aussi mes propositions d’améliorations de leurs écrits.

Il faut comprendre aussi que ce travail sur le texte libre fait suite à une première écriture sur le cahier de textes libres, et une ou deux corrections manuscrites. La copie sur Evernote est possible alors, sauf pour les élèves DYS, ou en grande difficulté orthographique, qui eux écrivent un premier jet et vont souvent le réécrire sur l’ordinateur par la suite.

Une fois le texte corrigé et validé, il peut (ou pas) être publié sur notre blog.

Notre blog est associé à notre compte Evernote. Il suffit de déplacer la note du carnet de l’élève vers le carnet “blog”, de lui attribuer l’étiquette “publié” et hop l’article paraît sur la toile.

note postach

Pierre :

6 ordi élèves (4 par ordi) + un ordi “libre” + mon ordi portable. Les ordinateurs sont tous en réseau filaire ce qui permet de partager le dossier mes documents de chaque ordi. Tous les ordis ont accès rapidement aux documents de tous les ordis. Cela marche (si,si)

Chaque élève a un jour attitré où il est prioritaire en cas de conflit.

Tous les ordis ont l’interface Clic Menu (un logiciel gratuit développé par un instit il me semble) (http://pragmatice.net/clicmenu3/index.htm) Le développement est ancien mais il fonctionne parfaitement même sous W7.

Ce logiciel se lance au démarrage et les élèves sont en face d’un écran avec des pavés à cliquer. On peut ajouter facilement des pavés qui renvoie à ce que l’on veut  : (des fichiers, des logiciels, des liens internet ou d’autres ordi du réseau de l’école…)

Clic

Ceinture d’informaticien (lien avec B2i)

Nous sommes tous les deux auteurs pour PIDAPI, et nous avons travaillé à la réalisation de la ceinture d’informaticien et notamment faire correspondre les compétences qui nous intéressent et l’acquisition du B2i.icone pdf

Concrètement, dans les temps de plan de travail, ou d’autres moments comme l’accueil ou l’étude, les élèves peuvent demander à valider leurs compétences. Pour cela, ils cochent les compétences qu’ils pensent maîtriser et une brève discussion ou alors un test pour les compétences qui le nécessitent nous permettent de valider la compétence et d’orienter les élèves vers un apprentissage ciblé pour la compétence suivante.

Conclusion :

Pierre :

Du côté de l’enseignant :Tout cela prend beaucoup de temps..

De plus, nous n’avons pas la maîtrise des outils qui ne nous appartiennent pas : peut-on formater un ordi mairie par exemple ? Est-il efficace d’attendre l’IAI chaque fois que cela bloque ?

Pour sortir des blocages et des utilisations stéréotypés, cela demande à l’enseignant d’être auteur de son environnement. Cela demande de réfléchir, d’apprendre et d’inventer. Aïe !

Du côté des élèves, on a trois axes : (vecteur d’accès aux savoirs, outil de coproduction et mise en question du savoir et de l’apprentissage). Est-ce que faire taper leurs textes aux élèves répond à ne serait-ce qu’un axe ? Peut-être mais c’est au mieux une étape… S'ils s'y cantonnent, c’est plutôt une perte de temps de classe, n’oublions pas que nous n’en sommes plus à les “familiariser avec l’outil informatique”.

Il s’agit bien de passer de l’utilisation de l’informatique à l’apprentissage dans un univers numérique.

J’ai découvert que la présence de cet univers permettait à la classe d’être vivante et dynamique. Cela permet d’avoir des entrées incroyables au quotidien.

En classe, je n’ai jamais expérimenté l’arrivée des escargots le matin qui bouleversait la journée. Par contre, un lien youtube (copié sur evernote par un élève) est présenté au "quoi de neuf ?" avec le vidéoprojecteur.

Il déclenche des mises en mouvement surprenantes et riches. Dans l’après-midi des élèves ajoutent un pavé à Clicmenu sur tous les ordis et nos deux classes vont sur cette ressource, en discutent, comparent …..

Pour les exposés, je me retrouve à avoir entre 3 et 6 diaporamas par semaine à la présentation du vendredi avec tout le travail de mise en forme, le choix des images et des vidéos pour soutenir le propos que cela suppose. (Par contre, les sources papiers ont totalement perdu leur utilité (sic!))

Plus fondamentalement, cet univers floute les limites de l’école. Au lieu de faire tomber les murs de l’école, on les dématérialise. La vie entre par osmose.

Nous nous échangeons des liens par evernote en transparence avec toute la classe. Les élèves continuent leur recherche à la maison, à la médiathèque et collent les images, les liens sur evernote qu’ils retrouvent en classe pour les intégrer à leurs diaporamas ou nous montrer.

Nous partageons… Nous nous posons des questions sur ce qui est vrai, bref, nous sommes à l’école ! Avec des tunnels vers l’extérieur que l’on ouvre, ferme, projette au mur.

Une dernière chose : la peur qu’il tombe sur des images obscènes !

Raison le plus souvent mise en avant pour se méfier, mettre des codes, des filtres et des mots de passe qui en fin de compte rende l’univers invivable !

Il serait presque important que cela se passe à l’école justement pour pouvoir donner sens à une réaction d’adulte. Car les enfants sont très souvent seul sur internet sans adulte à la maison ou chez des copains.

Je ne vois pas comment un enfant ne pourrait pas être tenté vers 12 ans de taper “sexe” dans la barre google. Et même si il n’y pense pas, d’autres y penseront pour lui et lui montreront. (c’est la page anatomie du Larousse que l’on a tous cherché….)

Les enfants passent un peu plus de 860h/an à l’école, ils passent plus de 1200h devant des écrans par an. Est-ce que l’école doit être un havre hors écran où doit-elle être un lieu d’apprentissage de cet univers et en conséquence dans cet univers ?

 

Cédric : J’observe toujours une réelle disparité dans l’équipement informatique et la pratique qu’en ont les enfants chez eux. Cela m’interroge, l’informatique ne permet toujours pas de faire le lien entre l’école et les familles les plus défavorisées (alors que c’est mis en avant le plus souvent, avec les ENT, l’école numérique, les blogs, …). Finalement cela n’a pas plus d’impact que le journal papier de l’école. Des enfants vont promouvoir l’objet à la maison quand d’autres le tairont. Rien de tout cela ne remplace le contact humain, chaleureux et bienveillant, l’accueil dans la classe, l’ouverture de celle-ci vers l’extérieur.

Je me souviens quand j’étais au lycée, je n’ai pas eu le droit de “faire informatique” car je n’étais pas suffisamment bon élève. L’informatique est devenue une nécessité pour nos élèves. Pas dans le sens du codage, mais dans son omniprésence quotidienne. Qu’on le veuille ou non, que ça soit souhaitable ou pas, c’est un fait. Je crois qu’être informaticien, au sens d’utilisateur de l’informatique, c’est développer une nouvelle forme d’intelligence, l’intelligence numérique, qui demande une grande capacité d’adaptation, de tri de données, d’analyse et de discernement. Ces compétences ne se construisent que si l’on s’en sert !

Remerciements :

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