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Ouvrages auxquels j'ai participé :
Prem Couv

mettre en place un plan de travail en classe

Ici je contribue par un chapitre sur l'utilisation du Plan de Travail en formation d'adultes

 

CHERCHEUR

Cinq années de parcours doctoral à Paul Valéry, Montpellier en sciences de l'éducation et de la formation autour du développement professionnel des enseignants m'ont permis d'appréhender les enjeux de la recherche en sciences humaines appuyée sur des méthodologies scientifiques.

Je participe depuis à des projets de recherches collaboratives (LéA, E.C. de Toulouse, de Lyon...) et j'éprouve l'intérêt de ces projets qui allie recherche et développement professionnel.

Vous trouverez ici quelques textes que j'ai écrits. Cela va de billets d'humeur à des textes plus pensés et construits. Vous trouverez aussi des textes écrits par d'autres. Je les intègre ici car ils sont source d'inspiration pour moi. Et pour vous ?

Les logiques des différenciations pédagogiques

Pierre Cieutat

1) Une pédagogie pour sélectionner les meilleurs – une différenciation au profit d'une élite

Diff 1 Fort Légende

L'enseignant répond essentiellement aux élèves qui suivent le rythme de ses enseignements.

Pédagogie renforçant la seule réussite des meilleurs, visant à faire émerger un nombre restreint d'élèves (une élite) pour les diriger vers les études les plus longues et/ou dans les établissements les plus réputés.

Il n'y a pas d'objectifs de réussite scolaire pour les autres, ce qui est expliqué soit par une absence de dons scolaires (problèmes de compréhension, de maîtrise des codes scolaires), soit par des stratégies de culpabilisation : absence de travail, manques de motivation, soucis de comportements, …

2) Une pédagogie tournée vers les plus faibles

Diff 2 Egalité

L'enseignant s'occupe prioritairement des élèves en difficultés et laisse les autres en "autonomie" car « ils s’en sortiront, de toute façon ».

Pédagogie conduisant à de l'ennui chez les meilleurs élèves et un probable nivellement par le bas pour tous.

3) Une pédagogie égalitariste – aucune différenciation

L'enseignant agit essentiellement par l'intermédiaires de situations d'enseignement uniformes (collectives et individuelles).

Pédagogie collective et égalitaire amenant progressivement à "une école conservatrice". Elle ne prend pas en compte l'individu et ses singularités.

Tous les élèves peuvent, en théorie, accéder à la réussite scolaire, y compris dans les filières sélectives. La pédagogie utilisée ne prend pas en compte l'hétérogénéité des apprenants et les conditions.

Il est à noter que l'abandon des élèves, reconnus en "décrochage", est considéré comme un échec. Ceux qui sortent de l'école sans diplôme et avec une piètre image d'eux-mêmes sont les vaincus de la compétition scolaire, l’Etat ayant assuré l’égalité des chances.

4) Une pédagogie différenciée parla personnalisation des apprentissages

L’enseignant organise des moments d'individualisation des parcours des élèves pour permettre à chacun de travailler selon ses besoins. Il organise aussi des moments collectifs d’enseignements programmés pour assurer la richesse des réflexions produites au sein d’un groupe. Ces moments collectifs évitent l’écueil d’une école du chacun pour soi.

C’est une pédagogie qui associe cours collectifs, individualisation et activités coopératives où les élèves ont la possibilité d’aider, de demander de l’aide ou de s’entraider. Cette pédagogie recherche l'excellence de chacun, ce qui implique de ne pas abandonner les objectifs du projet commun de l’école républicaine.

Discussion

Nous nous demandons si maintenir les écarts ou les réduire (par la personnalisation des apprentissages) ne nous rapproche pas d’une pédagogie tournée vers les plus faibles. N’y a-t-il pas une limitation des possibles pour les élèves les plus congruents avec la réussite scolaire ? Nous ne le pensons pas pour trois raisons :

  • Il y a un lien entre maturité des apprenants et apprentissages. Ainsi des élèves plutôt faibles pour l’âge de leur cohorte d’âge pourraient, mis de nouveau dans des situations de réussite et de confiance, « rattraper » plus vite leur niveau de cohorte. Ceci pourrait expliquer une réduction des écarts évitant les écueils d’une « pédagogie tournée vers les plus faibles ». Un élève "en retard" (au regard des attendus moyens des élèves de son âge), s’il ne perd pas confiance en ses capacités, saura, une fois ses dispositions cognitives établies, donner pleine puissance à ses apprentissages.
  • Ensuite, l’école ne peut pas être une institution qui a pour but de produire des champions surentrainés. Lorsque c’est le cas, la réussite scolaire peut être source de fragilité à l’instar de ces sportifs de haut niveau très fragiles lors du « premier échec ». Ici nous nous situons dans l’intervalle entre réussite scolaire et réussite de vie. Si l’école est relative à toute une nation, elle s’adresse à tous les enfants et adolescents qui le fréquentent. Sinon, ses objectifs sont dévoyés.
  • Enfin, l’école n’est pas celle d’un projet de « vivre ensemble » conçu comme une juxtaposition d’individus qui se tolèrent mais dont l’objectif est de maximiser leurs performances individuelles. Une pédagogie différenciée peut participer à l’élaboration d’un projet plus ambitieux pour l’école. Une école qui participe à la construction d’un collectif ou différences et ressemblances sont richesses : une école inclusive pour tous. Dans ce cadre, tous les élèves trouvent intérêts à des alternances entre activités en groupe, programmation d’activités collectives et temps de travail individuel où l’aide et l’entraide trouvent une place légitime. Dans la communauté de la classe, la personne construit et expérimente sa place dans la communauté humaine grâce à l’altérité. Les conflits qui naissent des quotidiens scolaires sont autant d’occasions pour apprendre la relation à l’autre et, plus largement, l’engagement au sein d’une société.

Pierre cieutat - Aout 2018

On pourra avec avantages se procurer l'article de Philippe Meirieu "Louis Legrand et la « pédagogie différenciée » : les enjeux d’une querelle"

 

Enseignement explicite et constructivisme

L’enseignement explicite est parfois présenté en opposition aux théories constructivistes et socioconstructivistes. Cet article présente les liens qui existent entre ces conceptions pédagogiques et didactiques, pour dépasser une opposition stérile et tenter une appréhension globale de l’acte d’enseigner.

Pulbié sur le site des Cahiers Pédagogiques (clic)

 

L’enseignement explicite [1], ou enseignement efficace, trouve ses théoriciens chez Clermont Gautier, Steve Bissonnette et Mario Richard [2]. Ils s’appuient sur des recherches comme le projet Follow Through [3]. Cette démarche correspond à des « méga-analyses » (c’est-à-dire des compilations de méta-analyses) de recherches en sciences humaines de par le monde, dans le but d’augmenter la force de la preuve par des échantillons de plus en plus grands. On trouve également la méga-analyse conduite par John Hattie [4] qui semble aboutir à des résultats similaires.

Ces études font apparaitre une forte prépondérance de « l’effet-maitre » sur la réussite des élèves. Elles déconseillent fortement les pratiques qui négligeraient la part de cet effet. En premier chef, les pratiques de types socioconstructivistes.

L’enseignement explicite appartient à la famille pédagogique dite « instructionniste. » Il s’oppose aux pédagogies de la seule découverte, centrées sur l’élève. D’après Gauthier, Bissonnette et Richard (2007), un enseignement explicite se traduit par l’enchaînement de plusieurs étapes :

  1. La mise en situation : la présentation de l’objectif d’apprentissage, la traduction de l’objectif en résultats attendus, l’activation de ce que savent les élèves, la vérification et, si besoin, l’enseignement des connaissances préalables.
  2. L’expérience d’apprentissage : le modelage (présentation claire de l’objet d’enseignement, par des exemples et des contre-exemples), la pratique guidée (pour vérifier la qualité de la compréhension des élèves sur des tâches semblables au modelage, par questionnement et rétroaction) et la pratique autonome (pour consolider les réussites).
  3. L’objectivation : pour extraire les concepts, les connaissances, les stratégies ou les attitudes essentielles, pour ensuite les mémoriser.

Et le constructivisme ?

Qu’entendons-nous par constructivisme ? Un sujet apprend (c’est-à-dire assimile des informations, s’y accommode et donc s’adapte) par un mécanisme de réorganisation interne : c’est en ce sens que l’on parle de construction de connaissances ou de compétences, en lien avec des savoirs de référence. Apprendre n’est pas ajouter, mais transformer une organisation interne existante, au regard d’un environnement qui induit une appropriation.

Cette théorie de la construction cognitive est expliquée par Jean Piaget [5] à partir du principe de l’équilibration majorante [6].

Au départ, un élève dispose d’expériences qui ont forgé des représentations, même parcellaires, sur le savoir à travailler. Seulement, puisqu’il ne les utilise pas, il se trouve en phase dite « d’incompétence inconsciente » (II : je ne sais pas que je ne sais pas), ce qui est confortable. L’enseignant, fort de son projet de transmission de savoirs, le place ensuite face à un obstacle (on parle en didactique de « situation-problème ») pour qu’il se rende compte de l’insuffisance (potentielle) de ses connaissances. L’élève entre alors dans une phase « d’incompétence consciente » (IC : je sais que je ne sais pas), affectivement désagréable. Pour la compenser (et faire retrouver aux élèves leur équilibre cognitif), l’enseignant répond aux questions qu’ils sont en train de se poser, puis en profite pour mettre en forme ce qu’il présente du savoir. C’est le moment de transmission formelle des savoirs. Apparait ainsi la phase de « compétence consciente » (CC : je sais que je sais) et son lot d’émotions agréables, qui agissent telles des récompenses à l’effort. Les entrainements et répétitions successives, répétées sur le temps, conduisent ensuite à la phase de « compétence inconsciente » (CI : je ne sais plus que je sais), qui ouvre à d’autres apprentissages futurs.

Comme le constructivisme, le socioconstructivisme suppose que les connaissances et les compétences se construisent. Mais il défend, en plus, que cette transformation n’est pas seulement individuelle, elle est facilitée par des interactions sociales. L’évolution des représentations des élèves est favorisée par leurs confrontations, le plus souvent à travers des situations de travail en groupe. On trouvera chez Lev Vygotsky et chez Jerome Bruner une abondante littérature sur l’importance des interactions sociales dans le développement des connaissances d’un sujet.

Cette organisation des phases n’a pas pour effet d’amoindrir la place de l’enseignant. Bien au contraire. Elle la précise et l’intensifie. Autrement dit, il n’y a pas de rapport entre vouloir transformer des représentations des élèves et refuser d’intervenir.

Il ne suffit pas d’enseigner pour que les élèves apprennent

Suite à ces explications, les sciences humaines admettent les postulats suivants pour enseigner :

  • on a intérêt à s’appuyer sur les représentations spontanées des élèves, pour éviter l’effet du cataplasme sur une jambe de bois,
  • le but premier d’une situation d’enseignement est de soulever du questionnement (par rapport à ces représentations spontanées), de manière à ce que les réponses apportées par l’enseignant correspondent aux questions que les élèves se posent,
  • lorsque les élèves ne parviennent pas à s’échanger suffisamment correctement les savoirs experts, c’est à l’enseignant de le faire, de manière explicite, c’est-à-dire clairement et synthétiquement.

L’explicitation intervient à plusieurs moments :

  • au sujet des implicites de la consigne : l’essentiel n’est pas de seulement exécuter une consigne, mais également de réfléchir aux apprentissages attendus (et pas toujours évidents, surtout pour les élèves les plus démunis)
  • au sujet de la formalisation des savoirs, à partir des questions des élèves et/ou de leurs erreurs. Ainsi, les situations de transmission des savoirs par l’enseignant font plus sens parce qu’elles arrivent en réponse à des questions que les élèves se posent. Elles peuvent alors contribuer à restructurer des systèmes de pensées et ainsi manifester un apprentissage
  • au fil de l’activité des élèves, pour les aider à ne pas succomber dans des stratégies de confort de contournement des apprentissages (voir les travaux de Serge Boimare). Les pratiques de coopération entre élèves peuvent compléter l’intervention de l’enseignant.

Lorsque l’enseignement explicite défend le rôle de « l’effet-maitre » dans l’efficacité des dispositifs pédagogiques, il ne remet pas en question le socioconstructivisme. Nous pouvons citer Marc Bru [7] en appui de nos propos : « Pour autant, l’interprétation serait abusive si l’on en venait à affirmer qu’il a été démontré que la méthode traditionnelle au sens d’une méthode magistrocentrée et impositive est la meilleure (conclusion qui, à tort, est parfois attribuée aux résultats des travaux effectués dans le sillage du projet  Follow Through). Il serait tout aussi abusif de faire l’amalgame et de considérer que les théories constructivistes des psychologues et psychosociologues sont invalidées. Seules sont à remettre en cause les méthodes qui, au nom du constructivisme, affirment (également à tort) que la meilleure solution consiste à laisser à l’élève l’entière initiative des activités scolaires et, pour l’enseignant, à se mettre en retrait. Le constructivisme et le socioconstructivisme peuvent aussi bien inspirer des méthodes d’interstructuration qui accordent une fonction indispensable à l’enseignant (accompagnement, médiation). »

Les théories constructivistes de l’apprentissage sont donc essentielles pour travailler le sens et la durabilité de ce que les élèves doivent apprendre : ce qu’ils construisent se fait à partir de leurs expériences passées, par reconfigurations successives de leurs acquis. Les travaux de Clermont Gauthier et al. sont intéressants parce qu’ils formalisent l’instant où l’enseignant transmet les savoirs aux élèves. Ils rappellent à leur tour qu’il ne suffit pas d’enseigner pour que les élèves apprennent et insiste sur la particulière complexité de ce moment.

La notion d’explicitation appartient tout autant au champ du constructivisme qu’à celui de l’enseignement explicite. « Un bon enseignant doit disposer de toutes ces techniques et s’en servir à bon escient, selon les notions, l’âge des élèves, la place dans la programmation et selon les contextes. Lorsque certains courants de recherche tentent de faire croire que certaines démarches seraient intrinsèquement meilleures que d’autres, ils se trompent. Par exemple, l’instruction directe, très « étapiste » et procédurale, peut être pertinente dans certains cas, mais il ne faut pas laisser accaparer le terme « explicite » pour cette seule acception : une démarche de résolution guidée peut être très explicite. Il existe mille et une manières de conduire un enseignement plus ou moins explicite. Attention au hold-up sémantique ! [8]  »

Le constructivisme, en priorisant les mécanismes de l’appréhension des connaissances chez l’apprenant, oblige à dissocier ce qui est de l’ordre de l’enseignement et ce qui est de l’ordre de l’apprentissage. Un dispositif pédagogique efficace aurait donc tout intérêt à inclure dans ses préoccupations ces deux versants ; l’un n’exclut pas l’autre. En étant précis sur les concepts, nous pourrons éviter les amalgames du type socioconstructivisme et laxisme pédagogique. Les apprenants n’apprennent pas seuls, cependant ils ne sont pas non plus passifs, ils sont partie prenante de leurs apprentissages.

Pierre Cieutat 
Professeur des écoles-formateur

Sylvain Connac
Maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université Paul-Valéry de Montpellier, membre du comité de rédaction des Cahiers pédagogiques

Pour aller plus loin :

Voir « Enseigner plus explicitement : l’essentiel en quatre pages », dossier de ressources du centre Alain Savary

Supports pédagogiques et inégalités scolaires
Recension de l’ouvrage de Stéphane Bonnéry aux éditions La Dispute, 2015.

 


 Notes: 

[1] John Hattie recommande l’enseignement explicite plutôt que le recours aux pratiques constructivistes :
http://enseignementefficace.blogspot.fr/2012/12/john-hattie-prefere-lenseignement.html

[2] Clermont Gauthier, Steve Bissonnette et Mario Richard. « L’enseignement explicite », Enseigner, sous la direction de Vincent Dupriez et Gaëtane Chapelle, PUF, 2007.

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Project_Follow_Through

[4] John Hattie, The politics of collaborative expertise, Pearson, 2015.

[5] Jean Piaget, L’équilibration des structures cognitives - problème central du développement, PUF, 1975.

[6] Daniel Favre, Cessons de démotiver les élèves, Dunod, 2015.

[7] Marc Bru, « L’évaluation des méthodes », Les méthodes en pédagogie, collection « Que sais-je ? ». PUF, 2015, p.108.

[8] Extrait d’une conférence de Roland Goigoux, 2016 à l’IFE. http://centre-alain-savary.ens-lyon.fr/CAS/nouvelles-professionnalites/formateurs/roland-goigoux-quels-savoirs-pour-les-formateurs lue le 31 janvier 2017.

 

Un article co-écrit avec Sylvain Connac sur le travail en équipe des enseigants. Après la coopération entre élèves dans nos classes, nous cherchons à comprendre comment fonctionne la coopération entre enseignants.

Voilà l'article des Cahiers Pédagogiques : clic pour lire

Couv Cah Péda 539

Un tuto très utilE.

Merci Sylvan Connac

Comment faire l'analyse catégorielle d'un entretien semi-directif .

L'analyse de pratiques professionnelles

 

Ce sujet m'accompagne depuis le début de mon entrée dans le métier de l'enseignement, métier de la relation, de l'intention pour l'autre.

Cela se traduit par la particpation à des groupes d'analyses de pratiques tous les ans depuis 2005 avec des enseignants en poste ou en formation intitiale. En parallèle, depuis 2009, a vu le jour une expérience d'analyse de pratiques entre parents (le GASP) qui a donné lieu à la rédaction d'un article dans la revue en ligne Revue de l'analyse de pratiques.

Pour les GAPP d'enseignants, j'ai écrit un mémoire professionnelle en fin de formation à l'IUFM en 2006 et je continue à participer et animer des groupes tous les ans dans la région de Montpellier. Je participe aussi à un séminaire anuel de praticien de l'analyse de pratiques d'horizons professionnels divers.

  1. Présentation de ses pratiques et développement professionnel - Mémoire M2 UPV - 2016
  2. Des écoles innovantes...
  3. Mémoire professionnelle - les groupes d'analyses de pratiques (2006)
  4. Être soi-même

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